Mon roman : Fumée noire, fumée blanche
novembre 25th, 2009Après maintes batailles avec mon ex-éditeur, après des recherches d’éditeur qui prennent des siècles… j’ai décidé de mettre moi-même mon livre en vente, en format numérique (pdf).
Vous pouvez l’acquérir simplement, via ce site.
Vous avez également la possibilité d’en lire un extrait ci-dessous.
Dès réception du paiement, envoyez-moi votre adresse e-mail (sur l’adresse : davidmogiel@hotmail.com) et je vous fais parvenir le livre.
J’ai décidé de le vendre au prix de 9€.
Pour le paiement, cliquez ici
Voici donc un extrait dudit livre. Il est à noter que normalement - et comme vous l’avez sans doute vu en lisant les textes présents sur mon site - j’écris généralement dans le domaine de la spiritualité cependant, j’ai estimé que ce témoignage est important pour notre humanité, qu’il faut préserver cette partie de l’Histoire en gardant une trace de ce qu’ont vécus les personnes déportées.
Si mes souvenirs sont exacts, c’est au début du mois de juin, un mois après notre arrestation, que nous avons été embarqués dans un wagon tout aussi exigu que notre cellule, si pas plus.
Les trains aussi étaient bondés et les prisonniers, déjà amaigris par le rationnement, mouraient de chaud et de déshydratation. À peine le wagon était-il rempli qu’il aurait déjà fallu sortir les corps de ces malheureux qui croulaient sous la chaleur ou qui mourraient étouffés tellement nous étions serrés. Mais les soldats n’en avaient cure. Au mieux, ils nous aspergeaient d’eau glacée, rien de tel pour l’hydrocution, mais ils se foutaient bien de savoir si tout le monde arriverait vivant. Cela leur épargnait du travail.
Tous les visages portaient la même expression de crainte. Nous nous demandions ce qui allait nous arriver maintenant. Quelles seraient les tortures que nous allions encore subir. Sous un soleil de plomb, dans un wagon à bestiaux, sans air ni lumière, nous avons entamé notre route vers la mort. Bien sûr, il ne fallait pas espérer de ces êtres inhumains qu’ils nous nourrissent ou qu’ils arrêtent le train quelques minutes afin que nous puissions nous dégourdir les jambes. Le voyage a duré ainsi pendant trois jours et deux nuits.
Et dire qu’on ose encore aujourd’hui, me demander la raison pour laquelle je n’aime pas prendre le train !
En début de soirée, trois jours après notre départ, le train a stoppé sa course et nous a déposés à quelques centaines de mètres de l’entrée du camp.
Nous étions à la veille de l’été et ce périple en avait usé plus d’un. Ceux qui n’avaient pas péri au cours du trajet étaient à bout de force. Trois longs jours sans boire ni manger. Deux nuits sans dormir. Nos muscles soutenaient à peine notre corps.
Les soldats nous ont exhortés à nous mettre en file et, quand ce fut fait, l’un d’entre eux s’est avancé. Il a fait preuve d’une généreuse compassion. En entendant ses propos, d’aucuns auraient pensé qu’il comprenait ce que nous venions d’endurer et qu’il compatissait à notre douleur. Moi, j’ai tout de suite compris son manège.
De la main, il nous indiquait quelques camions qui étaient garés à quelques mètres et, en allemand, nous disait :
- Celles et ceux qui sont fatigués peuvent monter à bord des trucks[1], ceux-ci les déposeront au camp.
Je ne sais quel feeling m’a traversée à cet instant. Épuisée, ma sœur me tirait par la main et me proposait d’embarquer dans un des camions. ‘’Ainsi, nous pourrons nous reposer de ce long trajet'’ m’a-t-elle dit. Je contrai son geste et stoppai son élan. En la tirant vers moi, je la regardai dans les yeux et lui dit d’une voix sèche :
- Tu marches !
- Mais enfin, Betke, m’a-t-elle répondu, je suis fatiguée. J’ai envie d’aller dans le camion.
- Tu marches ! ai-je répété froidement.
Comprenant que j’étais sérieuse, elle s’est approchée de moi et n’a plus insisté.
Regroupant les dernières forces qu’il nous restait, nous avons marché jusqu’à l’entrée du camp. Heureusement que je n’avais pas écouté ma sœur. Les femmes qui avaient embarqué sur les camions ont été immédiatement gazées. Trop faibles. Ceux qui ne supportaient pas le trajet ni la chaleur ne représentaient aucun intérêt pour les Allemands. Il leur fallait des gens capables de fournir un travail efficace.
Aux portes du camp nous attendaient plusieurs SS et, lorsque nous passions les immenses grilles marquant la fin de notre liberté, ils nous triaient selon je ne sais quel critère, et nous dirigeaient vers différentes ailes du bâtiment central. Avec ma sœur accrochée à moi et Bruno, nous avons dû faire la queue pour l’enregistrement. Chacun attendait son tour, se demandant quel sort lui serait réservé. Les SS nous toisaient, de bas en haut, et appréciaient notre état physique. Selon leurs estimations, ils décidaient ensuite de la direction que nous devrions prendre. En clair, cela se résumait à être gazés directement ou à être orientés vers les bloks dortoirs.
Mais avant cela, il fallait nous numéroter. Chacun de nous avait droit à un numéro sur l’avant-bras. À cet instant, nous perdions notre intégrité d’être humain pour devenir de vulgaires bestiaux, nous troquions involontairement notre personnalité contre une simple suite de chiffres. Lorsque le tatoueur se trompait de numéro, il rayait simplement son erreur pour recommencer au-dessous. Sous mon numéro, il tatoua un triangle dont la pointe était dirigée vers le bas. Il paraît que c’est la manière dont ils indiquaient les sujets rebelles voire dangereux. Je sais que j’ai toujours eu tendance à dire ce que je pense et que, je veux bien l’admettre, je suis un peu rebelle, mais de là à être taxée de sujet dangereux…
Je ne comprends pas la raison pour laquelle on souhaite volontairement se faire un tatouage. Non seulement, cela marque à vie mais en plus, c’est super douloureux ! J’ai souffert le martyre lorsqu’ils ont fait le mien et pour rien au monde, je ne me serais torturée pour simplement décorer ma peau.
D’autant que cette encre ne s’estompe nullement avec le temps. La place qu’occupe ce tatouage sur mon bras me rappelle, jour après jour, les horreurs que j’ai vécues à cette époque. Rien ne permettra de l’effacer et quand bien même je pourrais le faire… cela fait partie de moi et de l’histoire de ma vie.
Plus tard, j’ai appris que, quelques jours après notre arrestation, un homme de l’Armée Secrète est venu rendre visite à ma mère. Elle venait de recevoir le mot que Bruno avait écrit et s’inquiétait de savoir si, quelques jours après, nous étions toujours en vie. Elle l’a accueilli et lui a offert un café.
Je ne sais pas exactement comment s’est déroulé leur entretien, mais ce que je sais, c’est que cet homme a proposé à ma mère de nous faire libérer. Prétextant sans doute que, ayant moi-même travaillé pour l’Armée Secrète, ils feraient le nécessaire en témoignage des services rendus. Il a demandé à ma mère une somme d’argent qui leur permettrait de nous tirer de ce mauvais pas. Ma mère ne roulait pas sur l’or, mais elle a accepté sans réfléchir car elle préférait être pauvre mais entourée de sa famille. L’homme est venu par deux fois lui extorquer de l’argent qui, bien évidemment, n’a nullement servi à nous faire libérer. Mais il lui avait fait croire le contraire :
- Samedi, préparez du café et un bon gâteau, avait-il dit à ma mère avant de la quitter, vos filles seront de retour.
Bien évidemment, nous ne sommes pas revenues. Cet homme a soutiré d’énormes sommes d’argent à ma mère en lui faisant croire que celui-ci servirait à notre rapatriement.
Heureuse de savoir que nous pourrions bientôt retrouver nos pénates, ma mère l’avait payé sans rechigner.
Mais elle ne l’a jamais revu. Plus tard, nous avons entrepris une procédure en justice pour récupérer cet argent. En vain…